sous les cèdres
21:30 - 23:00
La musique traditionnelle de Mongolie, d'une richesse vocale
incroyable, est transmise chez les nomades de génération en génération
par la voie orale. C'est ce que Tserendavaa a réalisé avec son fils
Tsogtgerel âgé de 18 ans. Dans leur famille, on est musicien depuis
plusieurs générations. Routes Nomades propose, pour la troisième
fois en Europe, de les faire venir jouer en famille et de donner à entendre
une musique qu'ils pratiquent au quotidien. C'est au pied du Mont
Jargalant Altaï, dans l'Ouest de la Mongolie, à Chandman, que se perpétue dans son berceau
une partie de la tradition du xöömij (chant diphonique Mongol). Tserendavaa est l'un des
grands maîtres actuels de cette technique vocale si singulière. Leur concert met en avant ce
trésor dont ils sont les nobles représentants. Pour nous emmener en voyage à travers la
musicalité de leur région, ils interprètent aussi des chants longs urtiin duu, des chants courts
bogino duu, des chants de louanges magtaal, le sifflement isgeree, en s'accompagnant de
leurs vièles à tête de cheval moriin khuur et luths tovshuur. Johanni Curtet, spécialiste du
chant diphonique, élève de Trân Quang Hai puis de Tserendavaa, les accompagne en "diphonie"
à la fin de leur concert dans un trio improvisé qui donne à entendre des images
sonores de l'univers des nomades mongols.
Le "chant diphonique" est un terme générique qui définit toute pratique vocale d'une seule
personne superposant volontairement deux sons simultanément avec leur voix. C'est une
mélodie d'harmoniques chantée au-dessus d'un son fondamental appelé bourdon. Les
harmoniques viennent du bourdon vocal et sont extraits grâce à une pression simultanée du
pharynx et du diaphragme. Il existe dans le monde plusieurs traditions de chant diphonique.
Il est pratiqué par les hommes le plus souvent mais aussi par les femmes. Là où résident les
ethnies turco-mongoles xalx, touva ou urianghai, bayad, zaghtshin et kalmouk, est pratiqué
ce que l'on nomme en langue mongole le xöömij ou xöömei. Ce terme signifie littéralement "pharynx",
partie principale du corps qui sert à produire cette technique
vocale. C'est aussi le nom générique du genre du chant diphonique
mongol. On trouve en Mongolie une multitude de techniques. Elles se
regroupent sous deux styles principaux : le xarxiraa (xöömij
profond) et l'isgeree xöömij (xöömij sifflé). Ce qui oppose ces deux styles,
et c'est pour cela qu'ils sont bien différents, c'est la manière dont les
harmoniques sont produits.
Dashdorjiin Tserendavaa
Né en 1955 à Chandman dans la province de Xovd, il réside dans la région de Chandman depuis toujours et y
vit comme berger nomade et chanteur de xöömij. Chandman a longtemps été qualifié de "berceau du
xöömij" car c'est ici que sont nés quelques-uns des meilleurs chanteurs de la discipline et c'est de ce point
que la diphonie s'est développée dans le tout le pays avant de conquérir le monde, comme l'a fait Gengis
Khan. Tserendavaa, avec plusieurs chanteurs issus de l'Ouest du pays, a été l'un des principaux acteurs du
développement que le chant diphonique a connu en Mongolie dans les trente dernières années. Il pratique
sept types de xöömij qu'il a transmis progressivement à Tsogtgerel.
Tserendavaagiin Tsogtgerel
Né en 1990, c'est dans le contexte de la vie pastorale des bergers de l'Altaï que Tsogtgerel
a reçu l'enseignement de son père Tserendavaa qui l'a lui-même assimilé des aïeux, toujours
par l'écoute et l'imitation. Tsogtgerel a commencé son apprentissage du chant
diphonique à l'âge de 13 ans. L'entraînement se fait par imitation, et lorsque la technique
apprise est jugée bonne, il peut la transformer afin de se l'approprier. C'est en gardant les
troupeaux de sa famille, ou dans son campement de yourtes, nomadisant 5 à 6 fois par an entre le Mont Jagarlant Altaï et le lac Xar
Nuur dans la région de Chandman, que Tsogtgerel a pu maîtriser rapidement les techniques
diphoniques de son père. Dès l'âge de 16 ans, reconnu comme jeune virtuose par la
communauté des chanteurs diphoniques de sa région, sa famille l'envoie à l'université d'Art
et de Culture d'Oulan Bator apprendre le xöömij avec un autre maître, Baatariin Odsuren.
Tserendavaa souhaitait qu'il aille au-delà de son enseignement pour enrichir sa pratique.
Une preuve d'humilité dans un milieu devenu des plus concurrentiel. Il est aussi joueur de
vièle à tête de cheval (moriin xuur). Il a commencé à l'apprendre avec son père, sous la
yourte, puis avec Tuvshin, l'un des derniers professeurs de cet instrument à avoir conservé
un style de jeu de l'Ouest de la Mongolie. Il continue de l'étudier actuellement à l'université.
Johanni Curtet
Doctorant en ethnomusicologie mongole à l'université de Rennes 2, musicien et chanteur de
chant diphonique. Ses recherches portent sur les techniques diphoniques et l'apprentissage du xöömij
à travers l'oralité en Mongolie. Après avoir suivit l'enseignement de Tserendavaa et séjourné plusieurs
fois en Mongolie, il enseigne le chant diphonique en France sous forme de stages ou d'ateliers (Université
Rennes 2, Cité de la Musique).
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