Les jeunes de Bressuire l'ont bien traduit, quand une histoire est belle, il faut qu'elle se poursuive. Ils s'agit de se mettre des mots plein la bouche, de la musique plein les oreilles, des étoiles plein les yeux (sans oublier le satellite !) j'espère qu'un jour, ils feront un compte musical sur Airvault, en couchant les mots sur le papier pour ne pas oublier. Alors en attendant, je vais vous dire comme j'ai bien vécu.
Cette année fut un super programmation, d'horizons musicales et ethniques, diverses et variés. Tout a débuté par le passage de la commission de sécurité qui a donné son feu vert après avoir vérifier l'herbe séchée. Pour ne pas déplacer le parking qui aurait pu être incendié, il s'est mis à pleuvoir pour ne pas nous contrarier. La douce pluie est venue tintinnabuler sur les tentes parsemées, et ponctuer quelque peu le début des festivités.
Airvault 2009, aura été marqué par la venue de Djalu et sa famille. Ils allaient et venaient mais à vrai dire, beaucoup restait impressionné. Le grand Djalu, Maître Djalu était là en chair et en os, devant nous, à en rester béatifié ! Chacun pouvait partager des moments avec eux, mais peu ont osé. Au milieu des stands, ils étaient installés et leurs occupations privilégiées étaient la peinture sur les didgeridoo tant appréciés.
Dhopia, la femme de Djalu, assise à même le sol, prenait un yidaki pour tracer d'un doigté particulièrement habile, les lignes colorées qu'elle apposait finement sur le dessin qu'elle peaufinait parfaitement. Elle représentait les signes de son clan explicitement. Elle traduisait les éléments, la force de sa culture.
Djalu, lui peignait des anneaux sur l'eucalyptus qui devenait orangé. Je l'ai longuement admiré avant d'oser m'assoir à ses côtés. Sur son magnifique visage déformé par l'âge, était auréolé l'embouchure du yidaki, comme gravé à jamais dans sa barbe blanche. De sa grande belle main noire, il saisissait le bout de bois coloré pour souffler le soleil jaune aborigène où l'on imagine les volutes éthérées se dégager de la terre rouge du territoire du nord de l'Australie. Il nous réchauffe et nous revitalise, en nous apportant l'énergie de sa terre d'Arhnem, la concentration de son peuple pour que nous soyons à même de recevoir le son qui vaut tout l'or du monde. Les personnes qui ont pu bénéficier de la puissance de ses vibrations à même le thorax, en garderont un souvenir inoubliable.
Parfois, il recevait la visite de Philip Perris, de Bruce Rogers... Et Jérémy Cloake qui était en permanence à ses côtés, avait managé la tournée. Il se chargeait de vendre les CD, d'organiser les workshop pour les débutants ou les initiés.
Le cours des choses étaient interrompu par les averses qui obligeait tout le monde à s'abriter sous le stand de Kurungai. À l'abri d'une bâche bleu, je m'imaginais le ciel bleu d'Australie, et j'écoutais Djalu jouer du traditionnel. Je distillais cet instant, et me laissais vaciller, portée par le son des ondes qui faisait vibrer mon cœur à en chavirer. Des fois, un peu essoufflé par son grand âge, il passait le relai à Mirrwatgna pour le manikay. Il suivait le bilma que Djalu imposait, ainsi que les claps de Balpatji qui l'accompagnait de sa voix, belle et puissante. Chaque morceau était ponctué d'exclamations, et de sourire de bonheur, on rit...Et comme toutes les bonnes choses ont une fin, ils se sont éclipsés pour d'autres horizons. Moi je suis restée, pour profiter encore des ces bonnes vibrations.
Le plus émouvant, fut sans nul doute, leur prestation sur scène. Alors que le drapeau Aborigène flottait dans le vent de la plus belle scène du monde, la nuit étoilée laisse paraître Djalu et les siens. Ils sont là, parés de leur peinture aux pigments de la terre australe, pour donner un dernier hommage au père de Youvi. Dhinawan et son fils les accompagnent dans ce rituel. (c'est l'interprétation que j'en ai fait après coup).
Après ce moment particulièrement intense, j'ai eu l'impression que Djalu avait décuplé sa puissance pour bander tous muscles et nous faire partager avec une ardeur telle, que son jeu traditionnel devenait magique. Une ferveur incroyable l'habitait et il nous communiquait à tous, un sentiment de paix, d'amour. Une vraie force de la nature!.
Dhopia mimait la danse des femmes de son clan. Elle tenait en chaque main, le fruit de la nature florissante et nous racontait l'histoire de son peuple chasseur-cueilleur. Mirrwatgna, avec ses petites lances (m'a-t-il semblé), repoussait les mauvais esprits afin que la chasse soit fructueuse. Balpatji, lui, le songman désigné, de sa voix forte et puissante, le traduisait en Aborigène, avec les mots appropriés. Ses claps rythmaient la mélodie du chant traditionnel.
Quel spectacle, quelle force animait ce clan, quel partage, quelle sagesse ont-ils eu, pour nous transmettre ce trésor, à nous des balandas ! Merci, merci et encore merci...
La venue de la famille Djalu fut vraiment une révélation et la cerise sur le gâteau d'Airvault !
Le lendemain, Dhinawan le décrira lui aussi. Grâce à la traduction de Jasper, nous avons pu comprendre la façon de vivre de son clan. Le boomerang qui servait à rabattre le gibier vers le chasseur, l'observation astucieuse des vols d'oiseaux qui accompagnent les bancs de poissons...
Ce qui est génial, c'est qu'il a mis à contribution le public en l'invitant à la danse rituelle. Celle des hommes à la chasse, celle des femmes ramassant des coquillages. Avec beaucoup de joie et de bonne humeur, il nous a transmis l'amour pour sa culture et je l'en remercie. Ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est la place qu'il a fait à Youvi en lui redonnant son rang de fils d'Aborigène. Il lui a permis de jouer sur un eucalyptus, un morceau traditionnel. Il semblait encore nostalgique et troublé au souvenir de son père, mais peu à peu, il a semblé retrouvé ses racines. Il a pris plaisir à danser, et le sourire aux lèvres, il a profité pleinement de cet instant, en présence du fils de Dhinawan et de Jasper.
L'Aborigène blanc au turban rouge, semblait tout aussi intimidé que nous pouvions être impressionné. Sa prestation fut remarquable. J'ai éprouvé beaucoup de compassions pour cet être sensible. Il était pour moi, le lien qui nous unissait à tous les Aborigènes.
C'était comme si, sur une palette d'aquarelle, s'unissaient les couleurs des humains qui peuplent notre planète. Quelque soit notre couleur de peau, notre religion, nos origines, nous étions tous réunis autour de la musique, dans la nature. De la guimbarde, au didgeridoo, en passant par les djembés, les calimbas et autres instruments, nous étions là pour s'unir pour la même cause : la continuité de l'espèce humaine vivant en harmonie. (j'ai presque envie de dire, ...et d'amour et d'eau fraîche, ...ici la guaranite !)
De la même façon, les amérindiens parés de leur plus beau costume volant au vent, nous transmettaient cet hymne à la joie dans le respect de la nature. Dans leur couleur arc en ciel, ils nous ont fait rayonné malgré nos différences, nous nous sommes tous tenus par la main avec bienveillance. Unis collectivement de la sorte, nous avons constitué une gigantesque ronde que la prairie d'Airvault n'avait jamais connu, d'une telle ampleur et d'une telle force. Un grand sentiment de paix, nous unifiait. Nous avons compris que la main doit rester bienveillante car elle est faite pour caresser, faire l'amour (et pas la guerre) pour souhaiter la bienvenue, transmettre les ondes d'empathie dans le respect mutuel de façon à ce que chacun accepte la différence.
Un totem est né cette année. Jours et nuits les gouges ont martelées, dansées sur le gros chêne où peu à peu, les animaux, les éléments imaginaires ou réels, sont apparus pour finaliser le symbole du festival. Après le corroboré symphonique, le corroboré fantastique, la plantation de l'eucalyptus épique, le totem fut planté à pique. Sa base bien enracinée, haut dans le ciel il s'est élevé. À la cime, haut dans le ciel, il me plaît de croire qu'une nuée d'hirondelles ont dansée pour nous accompagner dans ce nouveau rituel. Un nouveau symbole était né : celui du blanc et du noir, l'unité du noir et blanc. Radieuses, majestueuses, elles ont tournoyées de bonheur, saluant et sifflant l'avènement du premier totem d'Airvault. Ce mariage blanc et noir restera à jamais gravé pour l'éternité. Le satellite qui tourne autour de la terre et qui a montré son nez durant ce festival, sera le garant du message qu'il transmettra. Acceptons-nous les uns les autres, dans nos différences, pour la paix des peuples, dans l'amour de la vie et la sauvegarde de la terre.
Ce festival d'Airvault 2009, aura été souligné par cette mixité. Franchement, ce fut une merveilleuse programmation. Cela m'aura permis de voyager. De la France au Gabon, de la Croatie à la Sibérie, de l'Asie à l'Australie, nous serons passé à peu près sur tous les continents. Quel voyage mondial, c'est royal ! Sur la plus belle scène du monde, au milieu des cèdres du Liban. Ah que du plaisir ...
Alors merci aux standiers et festivaliers, aux photographes et caméramans, aux preneurs de sons et aux éclairagistes, aux cuisiniers, bénévoles, organisateurs d'Airvault, aux animateurs des toilettes sèches, des panneaux solaires, de l'éolienne, et de la pompe bélier...
Un grand merci à la famille Djalu qui sans eux n'aura jamais été un Airvault comme celui-là, merci à tous les musiciens et artistes qui ont fait le spectacle, à la nature d'avoir fait la pluie et le beau temps, d'avoir préservée ce site merveilleux. Et à nous, de garder la santé pour nous retrouver l'année prochaine et nous souhaiter une bonne et heureuse année.
Ps : vive la guarana et la guaranite
(et bon rétablissement aux deux accidentés de guimbarde)